Carnaval Ouro Preto

Nous sommes arrivés dans ce village avec un ami pour fêter le carnaval à Ouro Preto dans les petites montagnes du Brésil. Nous avons été étonnés par les bâtiments anciens qui développaient tout de suite leur charme. Nous avons déambulé avec les grandes marionnettes et les batukadas. Il paraît qu’un esclave est devenu roi ( Chico Rei ), ce lieu est chargé d’histoire. Grandes sont les mines ici, les pierres précieuses foisonnent et nous essayons de nous frayer un chemin parmi elles. Les danses et les costumes sont en-dessous de notre attente. Il y a peu de changement, peu d’investissement personnel. Peut-être que le mythe du carnaval brésilien s’effondre ? Il y a beaucoup de personnes qui prennent la liberté d’exprimer leur homosexualité. Deux hommes se croisent et cela suffit pour s’embrasser puis continuer leurchemin sans se dire un mot.

Nous avons profité des montagnes et de leur paysage en les parcourants, une ressource après tant de bruits et d’ivresse. Nous avons rencontré toutes sortes de pierres et de  fleurs. Mais ce  qui m’a marqué le plus sont les différentes croyances essayant de rallier le plus personnes à leur insu. J’ai l’image d’un jeune posant la main sur le crâne d’un adulte en train de réciter des incantations pendant qu’un autre, debout sur un muret derrière, faisait des mouvements du ciel vers sa tête en répétant le nom d’un dieu.

Ce moment de carnaval fut le dernier de nos différentes étapes au Brésil. Nous pensions découvrir et apprendre des danses autres que la samba mais malheureusement non. Observer la foule en délire, assouvir des pulsions qu’ils ne se permettent pas de faire le reste de l’année. 5 jours de libération comme nous a dit une amie brésilienne où le jugement est banni. Une période aussi pour nous 2 de troubles dans notre pérégrination. 7 mois de voyage, un petit essoufflement et quelques difficultés à trouver un lieu où développer notre démarche. Depuis Jacaré nous n’avons pas réussi à trouver d’autres endroits et personnes réceptives et aidantes

Le chemin nous attend et la Bolivie aussi !

 

Il était une fois Pensamento Tropical

Asseyez vous confortablement, allumez vos enceintes et ouvrez GRAND vos oreilles ! Le voyage commence et laissez vous imaginer ce qui est conté. (soyez patients pour que le son charge entièrement)

 

 

 

 

 

Jacaré

 

Je suis impressionnée de la rapidité avec laquelle les choses se mettent en place, se conjuguent et se complètent.

Samedi, nous sommes allés à un concert en plein air offert par la municipalité de Joao Pessoa. Nous avons pris le train des travailleurs de Jacaré à Joao Pessoa. Nous sommes passés par différents petits villages, devant des décharges aussi. Apparemment ils font un tri dans certaines villes assez fou: verre, organique, papier, plastique et autre déchets. C’était un bon moment ce voyage en train. J’ai pu discuter avec des jeunes qui étaient là, qui rigolaient d’entendre parler français. C’est vrai que nous voyageons mais nous permettrons à ceux que l’on rencontre qui ne voyagent pas de leur faire découvrir autre chose.

Le concert était excellent sur cette place où tous types de gens se mélangent autant les jeunes que les vieux, certains en famille d’autres entre amis. Théo pouvait être assez timide par moments, comme impressionné d’être sur le sol Latino Américain. J’ai la sensation que je lui fais découvrir un peu mon pays.

Le soir nous allons voir le couché de soleil avec un saxophoniste sur une pirogue qui joue le Boléro de Ravel. C’était bon de se sentir entourés de tous ce brésiliens, qui venaient découvrir ce coin. Dans ce coin il y a des artistes, des vendeurs à la sauvette, tout comme chez nous l’été. Puis nous allons dans la rue du village des pêcheurs (vilha dos pescadores). Tous les gens étaient dehors, sur le pas de la porte de leur maison. Le coffre des voitures ouvert avec de la musique à fond. Il y avait aussi un anniversaire. On rencontre Ester, un homme en femme qui nous trouve tellement beaux, puis Jessie avec son bébé d’1 mois Otavio Guilhermo. Elle a 17 ans, elle en fait 22 voire plus. Puis nous sommes allés nous installer chez une dame qui fait des chiens chauds sur le pas de sa porte. Il y avait aussi un travesti chez elle. Nous discutons avec eux de la vie dans la rue où il fait bon vivre. On prend aussi conscience que lorsque nous sommes arrivés nous nous sommes votés emballés pour nous intégrer dans la communauté. Mais peut être que pour certaines choses il faut prendre un peu plus de temps. Ce n’est pas parce que les gens disent bonjour que ça y est nous sommes suffisamment proches pour partager plus. La limite n’est pas toujours facile à sentir. Nous sommes français et en France les gens ne se comportent pas de la même façon. Dès que l’on sent que les gens nous répondent au bonjour nous nous sentons d’un coup proches d’eux. Et puis on les voit dehors en train de converser. Une vie qui n’est plus individuelle ou intime mais qui est là pour être partager, pour se serrez les coudes.

À la marina, Julio qui s’occupe du petit bar nous accueille toujours avec autant de gentillesse, d’attention et de partage. On rencontre aussi Karin et Didier un adorable couple qui nous prête leur guitare pour que nous travaillons nos chants. On passe plusieurs soirées à discuter avec eux.

Nous avons eu des petits soucis avec la tente : affaires trempées avec les premières grosses pluies, un cafard rentré dans mon sac. On a voulu la déplacer, la mettre plus sous l’arbre, on a ratissé la terre et préparer le sol pour y installer la tente.

Nous avons enfin traversé la rivière et sommes allés à Ribeira, un bout de terre au milieu du fleuve. Nous nous sommes baladés sur un petit sentier de terre battue. Autour la nature foisonnante, des champs de canne à sucre. Nous nous sommes arrêtés aussi pour danser avec un tronc d’arbre calciné, petit hommage à Franz Krajcberg. Lorsque nous traversions dans la petite barque, nous avons rencontré une famille qui habite près de Cabedelo. Ils venaient passer l’après-midi à Ribeira. Il y avait : Luis, Maria Lourdes, Maria Helena, Alan, Neta, Deda. Ils étaient heureux que des touristes s’arrêtent pour discuter avec eux ! Ils disent qu’ils ont l’impression d’être des insectes bizarres aux yeux des touristes. Ils avaient tous un peu bu et ils arrêtaient pas de répéter que nous étions trop cool.

La chaleur fatigue pas mal tout de même. Le soleil se lève à 5h30 et se couche à 18h. Parler en portugais demande aussi beaucoup de concentration et de volonté ! Théo progresse bien et commence à prendre la parole plus facilement. Qu’elle joie !

Alors que nous étions à la cantine (cantinha) de la vilha dos pescadores nous avons demandé des renseignements pour aller prospecter pour nos ateliers.
Un monsieur, Alcides, a répondu à notre demande. Il détient un lieu de fêtes « Luck Festas » à Oceania le quartier voisin. 3jours par semaine il y a cours de capoeira avec le prof Muralha (Muraille). Nous avons fait nos premiers pas avec eux, il y a un peu tous les âges et tous les niveaux. Nous avons appris la « jinga » le pas de base, « meia lua », « negativo », « paso de Angola », « caja de rim », « roda ». Il nous a chanté différentes chansons :  » É um A, é um B, é um A, é um B, é um C. A de Angola, B de Birimbao, C de Capoeira. »
Théo avait déjà fait un stage, il capte vite et saisit rapidement les mouvements. Moi j’ai un peu plus de mal, j’ai peur de faire mal. Tous les jeunes savent jouer et faire l’accompagnement musical. À chaque fin de cours ils se mettent en ronde et remercient en disant quelques mots du cours. Nous avons été incroyablement accueillis. Alcides nous a introduit auprès de la communauté et du groupe de capoeira.
Muralha nous a laissé faire notre premier atelier à la place de son cours. C’était pour eux la première fois qu’ils pouvaient de décontracter pendant un cours. Ils ont beaucoup rigolé, c’était complètement nouveau pour eux. Certains se sont pris au jeu d’autres moins. Ils voulaient tous un autre cours, mais le lendemain seuls 6 sont venus sur la vingtaine de la veille. On se rend compte que ce n’est pas facile de savoir réellement ce qu’ils pensent car ils disent toujours que c’est super, magnifique, extra… Avec le petit nombre nous faisons un nouvel atelier. Il y avait Ruertesson, Alessander, Vitor, Lucas, Gabi e Guia. Un bon petit groupe. Nous dansons sur du goudron, béton, en extérieur, entre les flaques d’eau lorsqu’il a plu. Pour l’atelier suivant Alcides nous dit qu’il faut aller voir Nalcedine, une sorte de crieur public. Attention ça déménage ! Musique techno en introduction puis notre annonce. Il va circuler avec sa voiture dans le quartier et diffuser la bande son. Il y a eu la roda aussi où nous avons convié les marins de la marina pour qu’ils assistent à la représentation. Julio veut rencontrer le prof de capoeira pour éventuellement les faire venir à la marina les vendredis soir. Je suis contente de faire le lien entre les endroits et les gens.

Nous avons essayé de convier les gens de la rue des pêcheurs. On rencontre Don Socorro qui s’occupe de la communauté. On s’assoit sur le trottoir pour discuter. On lui présente rapidement le projet et notre souhait de partager avec les gens de la vilha. On aime cette non formalité, cette facilité à rencontrer les gens et échanger un peu avec eux.

Tout à l’air si simple. C’est un peu difficile de réaliser ce qui nous arrive. Nous avons eu tant de facilités à lancer notre projet, tant de mains tendues ! Quelle force, quel soutien! Des gens qui croient en nous sans nous connaître et qui nous font confiance. Chaque soir après les cours des élèves nous ramènent à pied. Ils sont étonnés que l’on marche à chaque fois car le lieu est éloigné de là où nous logeons. Cela nous fait du bien de marcher.

Ce que nous proposons est pris un peu comme du divertissement ou comme un jeu. Ils répondent au téléphone, lorsque les mamans viennent chercher leurs filles elles viennent leur donner des bonbons alors que nous sommes en étirement. Nous apprenons qu’il y a des choses qui ne sont pas évidentes et qu’il faut préciser l’attention à avoir dans nos ateliers. Mais pour certains ateliers c’est complètement rocambolesque, digne de la vie brésilienne ! En même temps que nous donnions un atelier sous le préau juste à côté il y avait un match de foot et 1h après le début de l’atelier (qui dure 2h) les jeunes du volley sont arrivés pour prendre l’espace… Bien sûr on nous avait rien dit de tout cela ! Et pour combler les surprises il n’y avait pas de son, alors on a amené un 4×4 le plus près possible (il ne pouvait pas rentrer dans les lieux) et Théo faisait des allers-retours pour mettre la musique ! Autant dire qu’il fallait réussir à capter l’attention ! Il y avait des âges vraiment différents et on n’a réussi à être à l’écoute de cela. Le début était bien : présentation de soi par le corps, puis l’énergie qui circule entre nous, puis dans notre corps. La dimension ludique est importante. Les exercices trop lents, trop subtils ne captent pas leur attention et ils décrochent. Les « élèves » vont alors te dire qu’ils ont un « compromiso » (compromis). Toute la partie en ronde à bien fonctionné. Peut être aussi faut-il passer un peu plus par un modèle pour ensuite s’en éloigner. Comme dans le groupe nous avons eu un homosexuel. Ils sont très bien acceptés ici. Ils dynamisent le groupe et permettent peut-être à certains de se désinhiber. On rigole beaucoup ensemble dans les ateliers, on applaudit aussi lorsqu’un exercice a bien fonctionné. C’était flagrant la séparation des genres : d’un côté femmes et enfants et de l’autres côté les gars. Au milieu entre le terrain de foot et la danse, des jeunes entre eux. Qui d’ailleurs ont regardé au début et ont applaudi une ou 2 fois. Le cours s’est terminé tout seul, les gens donnaient des excuses pour rentrer chez eux. Une fois fini les jeunes sont venus pour installer leur filet de volley. Rapidement nous avons rangé nos affaires et sommes rentrés.

Pour notre projet Alcides a aussi contacter le directeur du théâtre Santa Catarina à Cabedelo (la ville la plus proche de là où nous sommes). Le théâtre est tout petit mais très agréable. Nous ne souhaitons pas faire de lieux institutionnels mais on a cette opportunité qui se présente à nous. 16 personnes venues. Nous avons été incroyablement bien accueillis par Eulavio (directeur du théâtre Santa Catarina). Un homme très attentionné et à l’écoute. Il nous dit que c’est un plus pour lui ce que nous proposons à son théâtre à son peuple. Cela fait à peine 3mois qu’il a pris la direction du théâtre et ce n’est pas encore très évident car il y a des mouvements politiques et pas beaucoup d’argent pour la culture. Cet atelier était particulier car les personnes venaient du théâtre ou de la danse. Eulavio nous a fait des retours : chacun a trouvé une façon de s’améliorer et de dépasser ses limites. Les âges étaient très différents : de 11 ans à 45 ans. On senti le dépassement de soi, l’acceptation à faire des choses nouvelles, à jouer, à rire et à imaginer. Lorsque nous ne savions pas dire en portugais, il y en avait toujours un pour nous aider à préciser ce que l’on demandait. Les mamans viennent avec leurs enfants, c’est compliqué de les faire garder. Une mère à allaité plusieurs fois son enfant pendant le cours. Il faut s’habituer aussi qu’ils arrivent tous avec 30minutes de retard.

À la suite de l’atelier nous sommes allés au « show » sur la plage de Joao Pessoa avec Eirenede. C’est des groupes de musiques brésiliens. C’était complet de monde de tous âges, de toutes classes sociales. On a dansé la samba et bu une caïpi les pieds dans le sable.

Tout le monde veut que nous restions vivre ici !